Rencontre : Alain DUCLOS réalisé par Jacques Leleu

  • publié dans Le Dauphoné, 12 février 2001, page 2.

    Guide, ancien pisteur, expert auprès des tribunaux, le nivologue Alain Duclos passe sa vie à ausculter les avalanches. Celles-ci lui ont appris à rester prudent, tant sur le terrain que devant son ordinateur. Plus il avance, plus il doute des explications simples.

     

    Un grand ciel bleu, une poudreuse de cinéma sur laquelle ont dansé deux traces avant de s'arrêter net. Stoppées dans leur élan par une cassure franche. Des images comme ça, Alain Duclos en collectionne depuis des années. Il en présentait une sélection l'autre soir devant l'association des géographes de Savoie qui l'avaient invité à l'université. Ils n'avaient pas fixé la date au hasard -en pleines vacances scolaires- mais ne savaient pas encore que les avalanches allaient autant faire parler d'elles, avec déjà plus de 10 morts depuis le début de l'hiver dans les Alpes. Première idée reçue balayée par ce guide, ancien pisteur-secouriste et docteur en géographie (1): "II faut rappeler que la plupart des gens qui se font prendre sont des gens du coin".

    Bien sûr, il connaît le profil du jeune surfeur citadin, non francophone, et sourd à toutes les campagnes de sécurité. Mais cette victime désignée n'est pas la première à gonfler les statistiques, assure le montagnard installé à Aussois, d'autant mieux placé qu'il est également expert auprès des tribunaux. Qu'une coulée emporte randonneurs en raquettes, à skis ou en surf et le voilà très vite dépêché par hélicoptère pour analyser le manteau neigeux. Il a pu notamment étudier de près l'avalanche des Orres, et reste très prudent sur le comportement qu'aurait dû observer le guide qui conduisait les adolescents. "Après coup, c'est toujours facile. Plus je vais sur le terrain, plus j'observe des phénomènes qui échappent à toute explication simple. Combien de fois j'ai vu des couloirs dans lesquelles toutes les conditions étaient réunies pour que l'avalanche parte, et rien ne s'est produit. A l'inverse, j'ai vu des coulées parties à un kilomètre d'un skieur, provoquées par l'effet de propagation. "

  • Alors, quels conseils donner au néophyte ? "Il faut d'abord rappeler qu'une course se prépare. Le choix d'un itinéraire se fait en fonction du niveau du groupe, des conditions météorologiques des jours précédents et de la qualité du manteau neigeux. Les bulletins nivologiques sont de plus en plus fiables, même s'ils ne peuvent pas tenir compte de toutes les situations particulières d'un massif. Il y a ainsi beaucoup d'avalanches provoquées par des skieurs alors que le risque est de 2 (limité). Ce qui ne veut pas dire qu'il est faible partout!" Il prend pour exemple un accident survenu en avril dernier en Haute-Maurienne, où le bulletin de Météo-France indiquait bien que ce secteur était le plus exposé de Savoie.

    Alain Duclos insiste encore sur l'importance de disposer du matériel de sécurité. "Je ne pars jamais sans mon A.R.V.A (appareil de recherches de victimes d'avalanches) branché, ma sonde et ma pelle. J'ai encore en mémoire cet accident dans lequel deux jeunes se sont fait prendre. L'un a tout de suite repéré son copain mais n'a pas pu le dégager faute de pelle. Il est mort avant l'arrivée des secours.

    Ses compétences sont également reconnues par les organismes et les collectivités confrontées au risque d'avalanches sur les chantiers et les routes. Il vient ainsi d'installer une batterie d'appareils de mesure pour détecter automatiquement les coulées menaçant la seule route reliant Bessans et Bonneval. Une expérience inédite que lui a confié le Conseil général, et dont nombre de communes soumises aux mêmes risques attendent les résultats. Mais Alain Duclos a appris à rester prudent, tant sur le terrain que devant son ordinateur. Plus il avance, plus il doute. Avec ce message adressé aux étudiants : "il y a encore de l'avenir pour la recherche!"

     

    Jacques LELEU

     

    (1) II a consacré sa thèse de doctorat au déclenchement des avalanches de plaques